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Quand la ville se met au vert : l'agriculture urbaine en plein essor

Et si la ville redevenait un espace nourricier ? Alors que Paris ne dispose que de 3 à 7 jours d’autonomie alimentaire, selon l’ADEME, la question de la résilience alimentaire des grandes métropoles prend une dimension stratégique. Aujourd’hui, 90 % des aliments consommés en Île-de-France sont importés, alors même que près de la moitié de la région est composée de terres agricoles. Face à cette dépendance, de nouvelles pratiques s’installent – au cœur même de la ville.

Parmi elles : l’agriculture urbaine. Depuis une vingtaine d’années, elle s’invite sur les toits, dans les friches, entre les murs, pour produire localement, retisser des liens sociaux et réconcilier la ville avec la nature. Une tendance de fond, à la fois écologique, solidaire et pleine de promesses.

Une idée ancienne, un souffle nouveau

Cultiver en ville n’a rien de nouveau. Dès l’Antiquité, les Sumériens aménageaient des espaces agricoles dans leurs cités. Au Moyen Âge, les monastères entretenaient des jardins clos pour se nourrir et se soigner. Et à la fin du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, l’abbé Jules-Auguste Lemire crée la Ligue du Coin de Terre pour attribuer aux familles ouvrières des lopins à cultiver. À Montreuil, aux portes de Paris, les célèbres murs à pêches permettent la culture de fruits grâce àdes techniques ingénieuses de palissage. La ville n’a donc jamais été totalement coupée de la terre.


Au fil du temps, chaque crise a vu refleurir cette pratique : « jardins de la victoire » pendant les guerres, jardins communautaires portés par les Green Guerillas à New
York dans les années 1970… L’agriculture urbaine revient aujourd’hui avec une ambition nouvelle : inventer une ville plus résiliente et plus humaine.

Des formes multiples, un même esprit

L’agriculture urbaine prend des visages variés : jardins partagés entre voisins, fermes professionnelles en circuit court, potagers en toiture, murs végétalisés, serres hydroponiques ou systèmes aquaponiques. En Île-de-France, plus de 1 600 projets sont recensés, représentant près de 190 hectares cultivés. Une dynamique forte qui transforme peu à peu le paysage urbain.

Ces initiatives ne se contentent pas de produire des légumes : elles recréent du lien social, verdissent les espaces, sensibilisent aux enjeux environnementaux et proposent de nouveaux modèles économiques ancrés dans le local.

Des effets concrets, à tous les niveaux

Sur le plan environnemental, ces espaces captent le CO2, rafraîchissent l’air, valorisent les biodéchets, favorisent la biodiversité. Côté santé, jardiner entretient la mobilité, apaise le stress, encourage une alimentation plus saine. Et au coeur des quartiers, ces lieux deviennent des points de rencontre, d’échange et d’inclusion.

L’agriculture urbaine joue aussi un rôle économique : elle crée de l’emploi, favorise l’insertion et stimule une économie circulaire (compostage, transformation, distribution locale). Elle contribue, modestement mais concrètement, à réconcilier ville et campagne.

Des limites à dépasser

Reste que le modèle doit encore faire ses preuves : les coûts d’implantation, le manque de surfaces disponibles et la consommation énergétique de certaines installations limitent son déploiement à grande échelle. Mais l’élan est là, porté par des citoyens engagés et des collectivités de plus en plus impliquées.

L’agriculture urbaine ne sauvera pas à elle seule la planète. Mais elle change en profondeur notre rapport à la ville, à l’alimentation, à l’autre. Et si c’était déjà beaucoup ?

Des initiatives inspirantes

À Albi (81), un engagement territorial concret

Crée en 2018, le Projet Alimentaire de l’Albigeois mène une réflexion sur l’autosuffisance alimentaire de son territoire et anime une politique en faveur d’une agriculture de proximité, notamment via le développement de l’offre alimentaire locale, la valorisation de sa production et la sensibilisation de la population.

À Bobigny (93), cultiver et transmettre

La prairie du Canal, installée sur une friche industrielle à Bobigny, incarne ce potentiel. Créée par l’association La SaUGe, cette ferme urbaine cultive légumes, houblon, plantes médicinales, et accueille des événements culturels. Un lieu hybride, à la fois espace de production, de transmission et de convivialité.

À Noisy-le-Grand (93), la terre comme lien

Caroline Courtaud, bénévole pour Cultiver Ensemble :

L’objectif de notre association est d’élaborer et d’exploiter plusieurs jardins potagers tout en respectant les principes et exigences de l’agriculture urbaine et raisonnée grâce à un collectif uni.

À notre échelle, notre participation à la cohésion sociale et à la préservation de l’environnement est multiple.
Nous apprenons et développons tous ensemble (notamment pour l’élaboration des plans des cultures), et nous tenons à préserver la biodiversité en respectant par exemple le rythme des saisons et les associations de plantes.

Mais notre sens collectif ne se limite pas aux contours de notre structure. Nous diffusons nos actions lors de rassemblements locaux et créons des échanges avec d’autres associations pour permettre une circulation et un réemploi des ressources (troc de graines, récupération de matériel).

Autre exemple, qui vise notamment à nourrir les liens intergénérationnels : les ateliers hebdomadaires avec le collège Victor Hugo, sa classe ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) et les élèves éco-délégués. Ces derniers, sur la base du volontariat, s’engagent à prendre part à des projets de développement durable (ruches installées au collège, visite de centres de tri dans les communes voisines, fabrication d’objets à partir de matériaux recyclés…).

Par ces différentes actions, nous participons concrètement à l’inclusivité et à la vie sociale de la commune.

Tutélaire / n°304 # avril 2025 - Publication trimestrielle - 118e année - Dépôt légal avril 2025 - Organe officiel de Tutélaire - Mutuelle soumise aux dispositions du livre II du Code de la mutualité - SIREN : 775 682 164 - 157 avenue de France - 75013 Paris - Directeur de la publication : Alain Payan - Rédactrice en chef : Cécile Beckerich - Rédactionnel : Tutélaire - Maquette : Patrick Léone - Crédits photos : Adobe Stock/Tutélaire/Camille Collin - Impression : Maury Imprimeur SAS - Zone industrielle - 45300 Manchecourt - Maury Imprimeur est certifié Imprim’Vert, marque de son engagement à réduire l’impact de son activité sur le milieu naturel. - ISSN : 2117-9018 - Tirage : XXX XXX ex. - Prix au numéro : 0,XX€ - La reproduction des articles, illustrations et graphiques de ce numéro est interdite, sauf autorisation expresse du directeur de la publication.

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