S'éclairer

Liberté de la presse : l'esprit critique en action

Dans notre série consacrée à l'esprit critique, nous avons choisi de mettre en lumière l'un de ses piliers essentiels : la liberté de la presse.

Sans une information libre, pluraliste et vérifiée, il n’y a pas de discernement possible. Et sans lecteurs capables d’exercer leur esprit critique, la liberté de la presse perd son sens. Ces deux forces se nourrissent l’une de l’autre : la première éclaire, la seconde questionne. Ensemble, elles forment le socle vivant de toute démocratie.

Aux origines : Quand imprimer, c'était résister

Depuis plus de deux siècles, la presse n’est pas seulement un témoin de notre histoire : elle en est l’un des acteurs fondamentaux. Née avec l’idée même de citoyenneté, elle a accompagné les progrès sociaux, soutenu les luttes collectives et révélé les vérités que certains voulaient taire. Mais cette liberté fut conquise de haute lutte.

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme »

Un droit sans cesse menacé : censure, répression, contrôle politique. Le journal devient alors plus qu’un outil d’information : un instrument de pensée libre, au service du débat public.

L'âge héroïque du journalisme

Avec la loi de 1881, la France entre dans une ère nouvelle. Des titres comme Le Temps, L’Aurore ou L’Humanité façonnent l’opinion et défendent les causes sociales et républicaines. C’est la presse qui révèle l’affaire Dreyfus, par le célèbre « J’accuse ! » d’Émile Zola : un acte fondateur du contre-pouvoir journalistique.

Informer, c’est alors résister ; enquêter, c’est se battre pour la vérité. Défendre la liberté d’informer, c’est aussi défendre la liberté de penser : reconnaître la complexité, confronter les faits et accepter la contradiction.

Informer, un acte de courage

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les journaux clandestins de la Résistance – Combat, Défense de la France, Libération – prouvent que dire la vérité peut être un acte de lutte. Depuis, d’autres ont pris le relais sur les terrains de guerre ou d’injustice. 

Chaque année, des journalistes risquent leur liberté, parfois leur vie, pour témoigner.

Comment défendre
la presse libre ?

Parce qu’une société sans journalistes ne devient pas silencieuse… elle devient aveugle.

1. Lire vraiment 

Prendre le temps de lire un article jusqu’au bout, vérifier la source, croiser les points de vue. Lire un article en entier est déjà un acte de résistance à la simplification du monde.

2. S’abonner pour soutenir 

L’information de qualité a un coût: enquêtes, reportages, vérifications. S’abonner à un média, même modeste, c’est contribuer à son indépendance.

3. Défendre la presse locale 

Un titre local, c’est le journal de la vie réelle : écoles, hôpitaux, mairies, associations. Acheter, partager, s’abonner : chaque geste compte.

4. Protéger ceux qui informent

Soutenir la presse, c’est défendre la liberté d’informer sans peur, la protection des sources, la pluralité des voix et l’indépendance éditoriale.

5. Cultiver l’esprit critique 

L’éducation aux médias, dès l’école, forme des citoyens éclairés. Apprendre à douter, à questionner, à distinguer les faits des opinions, c’est déjà défendre la démocratie.

« La démocratie, c’est le régime qui suppose le courage de la vérité. »

Cynthia Fleury

Ce courage, c’est aussi celui des lecteurs : s’informer, croiser les sources, questionner ce qu’ils lisent. Car une presse libre n’a de sens que si chacun cultive son discernement.

Des libertés sous tension

Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, la France n’occupe que la 26e place. Les pressions économiques, politiques ou judiciaires fragilisent les rédactions. La concentration des médias entre quelques grands groupes, la dépendance aux plateformes numériques et la désinformation alimentée par l’intelligence artificielle menacent le pluralisme.

Plus que jamais, exercer son esprit critique, c’est apprendre à distinguer l’information vérifiée du contenu automatisé – et à exiger la transparence des sources.

Un pilier démocratique à préserver

La liberté de la presse n’est pas seulement un droit : c’est un pilier de la démocratie. Comme la justice ou l’éducation, elle garantit la transparence et l’éveil de la conscience citoyenne. Soutenir la presse, c’est défendre un bien commun : reconnaître le métier de journaliste, soutenir les médias indépendants, apprendre à décrypter l’information.

Car une démocratie ne meurt pas d’un coup : elle s’étiole quand ses voix s’éteignent. La presse, malgré ses fragilités, reste cette voix – celle qui interroge, dérange, relie.

Et sans citoyens capables d’exercer leur esprit critique, il n’y a plus de démocratie vivante.

Esprit critique et objectifs
de développement durable

L’esprit critique n’est pas seulement une vertu intellectuelle : c’est une compétence citoyenne au cœur du développement durable.

L’ODD 4, consacré à l’éducation de qualité, invite à « acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable », parmi lesquelles figurent la pensée critique, la compréhension interculturelle et la citoyenneté mondiale.

Face aux défis climatiques, sociaux et démocratiques, exercer son esprit critique, c’est apprendre à croiser les sources, à questionner les modèles économiques et à vérifier les faits scientifiques.

C’est aussi résister à la désinformation, comprendre la complexité du monde et développer des solutions durables fondées sur la connaissance.

En ce sens, la liberté de la presse et les ODD partagent la même ambition : permettre à chaque citoyen de s’informer, de comprendre et d’agir en conscience.

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